La vie au XXIe siècle

La nature humaine, l'évolution, l'univers...

Ma photo
Nom :
Emplacement : Tomifolia, Québec

Un proche cousin d'un bonobo du même nom qui, comme moi, tapait sur un clavier pour communiquer.

02 février, 2007

La confiance

Je réfléchis là-dessus déjà depuis plusieurs jours, mais j'attendais d'atteindre un peu de profondeur avant de me lancer.

Ma réflexion sur la confiance vient de mon étude de la pratique scientifique, mais j'ai réalisé qu'elle s'étend à toute activité humaine. En fait, la confiance est un des traits caractéristiques des sociétés humaines, et comme la plupart des traits, on peut le retracer chez nos ancêtres et nos cousins, proches et lointains. Il me resterait à chercher ce qui a été fait et dit à ce sujet chez les neuro-physiologistes, car c'est définitivement un mécanisme cognitif qui en est à l'origine.

La plupart des animaux sont méfiants, principalement ceux qui sont le plus à la merci des prédateurs. Il n'est pas difficile d'imaginer l'avantage évolutif de la méfiance! Par contre, on note que chez les espèces n'ayant pas de prédateur naturel, par exemple beaucoup d'espèces ayant évolué depuis longtemps sur des îles isolées, où encore les petits marsupiaux australiens, où il n'y a pas eu pendant longtemps de prédateur carnassier, la méfiance est bien moindre. Cela les mets évidemment en grand danger si un tel prédateur apparait soudainement.
Cela dit, un animal qui est en principe méfiant de tout ce qui bouge n'aura déjà pas la même attitude envers ses congénères. Il le faut bien, si ce n'est que pour la reproduction. De plus, comme il n'y a a priori que peu d'avantages pour un animal de s'attaquer à un membre de son espèce, et beaucoup de désavantages s'il le fait, on comprend que la confiance entre congénères ait pu évoluer.

Mais tous les animaux ne sont pas "sociaux". La socialité est une stratégie comme une autre, et elle est utilisée de diverses façons. Chez les animaux qui se forment en troupeau, la socialité sert surtout à la protection contre les prédateurs, une protection qui est purement l'effet du grand nombre. Chez ces espèces, on n'élimine pas les pertes aux mains des prédateurs, mais on s'assure que ce soient nécessairement les plus faibles qui écopent: un guépard qui attaque un troupeau d'antilopes attrapera forcément la moins rapide. Ainsi, il n'y a que très peu de hiérarchie chez ces animaux, et peu de coopération comme telle. Le troupeau se comporte... comme un troupeau.

Par contre, la socialité peut aussi être une stratégie pour augmenter l'efficacité de la prédation, comme chez les loups. La chasse en groupe est plus efficace. Et comme le partage du produit de la chasse est un élément important de la dynamique du groupe, une hiérarchie de pouvoir se forme naturellement.

Les primates sont quelque part entre les deux. Ils se regroupent autant pour la protection que pour la chasse et la cueillette. Il semble bien que la chasse en groupe, par exemple chez les chimpanzés puisque c'est surtout là qu'on l'observe, soit un sous-produit de la vie en groupe, et non sa cause première. Je ne saurais pas dire quelle serait alors la part de la stratégie de "protection" par rapport à celle de la cueillette en groupe. Dans ce dernier cas, certains arguent que comme les sources de nourriture sont difficiles à trouver, mais abondantes une fois qu'on les a trouvées, la coopération est payante: je te dis où j'ai trouvé les meilleurs fruits, et si tu en trouves tu me le dis aussi. On voit tout de suite à quel point un tel mode de vie peut favoriser l'émergence de formes de communication plus sophistiquées.

Et on voit aussi comment la confiance devient un élément crucial de la vie en groupe. Du moment que la communication entre individus apparaît, que ce soit pour la recherche de nourriture ou pour la protection, la "crédibilité" du messager est de la plus grande importance. De Waals a bien montré aussi comment les chimpanzés sont capables de "mentir". Est-ce que le mensonge apparaît concuremment avec toute forme de communication? Bonne question! Peut-on postuler la loi suivante: "hiérarchie sociale" + "communication" => luttes de pouvoir => apparition du mensonge ?

Et tout ça se poursuit avec l'apparition du langage. Une des principales utilités du langage est de pouvoir communiquer de l'information entre individus sur quelque chose qui "n'est pas là". Par exemple: "J'ai vu un gros lion derrière le buisson". La vision du lion est quelque chose que le messager a expérimenté directement. Mais le récepteur de l'information, lui, n'a pas fait cette expérience. Lorsqu'il reçoit le message, c'est "comme si" il l'avait vécue lui-même. C'est une expérience virtuelle, qui peut s'inscrire dans son cerveau de la même façon qu'une expérience réelle. On peut bien voir l'avantage évolutif énorme que cela confère: l'expérience vécue par un individu, qui lui permet en temps normal d'apprendre à se protéger et à mieux se nourrir, est surmultipliée par les expériences de tous ses congénères qui lui a été transmise!
Mais il y a un hic: si le message est faux, intentionnellement ou non, cet avantage se transforme rapidement en handicap! Dépenser beaucoup d'énergie pour aller chercher une nourriture sur la base d'une fausse information est très peu rentable. D'où l'importance du "lien de confiance" entre le messager et le récepteur. Dans le contexte social où la lutte de pouvoir est constante, chaque individu, face à un message, doit faire un choix entre "confiance" et "méfiance". Je te crois ou je ne te crois pas.

Quelle est la conséquence directe de cet état de fait? L'apparition de stratégies rhétoriques! Le messager veut absolument que son message soit cru. Ce n'est pas suffisant de "dire" quelque chose. Il faut s'assurer que ce soit "crédible".

La lutte pour la "crédibilité" est une des clés de la vie sociale humaine. De la vie quotidienne aux grands débats politiques, notre comportement face à tout ce que nous "entendons" dépend de ce que l'on considère comme crédible ou non.

Et la science là dedans? Même chose! On dit que la science est basée sur des faits. Mais un scientifique n'a jamais fait l'expérience de tous les "faits". Il doit "croire" ses collègues. Bien sûr, il peut répéter les expériences, mais c'est hors de portée de tout être humain de reproduire toutes les expériences scientifiques qui ont été faites depuis le début des temps! C'est pour cela qu'un scientifique qui publie ses résultats doit également utiliser des stratégies rhétoriques pour assurer sa crédibilité.

Les fameuses "faussetés logiques" (logical fallacies) sont un bel exemple de ces stratégies. Il est étonnant qu'elles soient si efficaces même si on sait objectivement que ce ne sont que des procédés sournois.

Une des raisons pour laquelle je réfléchis à cette question est la parution du rapport du "Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'évolution du climat", le GIEC. C'est assez fantastique de voir que toute cette question des changements climatiques tourne autour de ce simple fait: croyez-vous ou non les scientifiques? Le message qui est transmis est essentiellement: vous devriez les croire parce que ce sont des scientifiques. Inutile d'examiner les faits et les preuves. La crédibilité des scientifiques est suffisante. Et même si ce message est essentiellement transmis par des activistes, les scientifiques eux-mêmes ne s'y objecteront certainement pas! En effet, ils veulent garder cette crédibilité, car elle est essentielle à leur statut social! L'autre aspect de la stratégie est bien sûr de miner la crédibilité de tout opposant, en l'associant à des intérêts particuliers.

J'en aurais bien plus long à dire à ce sujet, mais ce sera pour une autre fois...

1 Comments:

Blogger Gilles Martin said...

La confiance, c'est aussi une affaire d'organisation et d'architecture : certaines caractéristiques de l'organisation sont nécessaires pour que la confiance émerge :
http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/2007/02/aie_confiance.html

9:44 AM  

Publier un commentaire

<< Home